Ce 6 octobre 2026 se tenait un groupe de travail Service des Systèmes d'Information, qui traitait notamment de l'assistance et de l'usage de l'intelligence artificielle générative pour l'activité de développement. En attendant notre compte-rendu, voici les propos liminaires que nous avons tenus lors de cette instance.
Monsieur le Directeur,
Ce groupe de travail se tient dans un contexte budgétaire et social particulièrement tendu et préoccupant à plus d’un titre. Le 29 septembre, les collègues se sont mobilisés pour de meilleurs salaires et des services publics de qualité. Lors de cette journée, le CFiP de Guyancourt a été attaqué par la Coordination Rurale et Solidaires Finances Publiques déplore le manque de soutien aux agents sur Ulysse de la part de la Direction Générale.
Les discussions autour de la loi de finances s’inscrivent une nouvelle fois dans une logique de réduction drastique des dépenses, avec pour seul mantra la baisse de la dépense publique, dont les personnels et les services publics font une nouvelle fois les frais.
Pour les fonctionnaires, entre inflation, gel ou revalorisations insuffisantes du point d’indice, la suspension de la GIPA, la perte continue de pouvoir d’achat, les conséquences sont bien réelles.
La DGFiP va, une fois encore, payer un lourd tribut avec 176 nouvelles suppressions d’emplois. Dès lors, comment prétendre maintenir nos missions et améliorer les conditions de travail lorsque les effectifs continuent de diminuer ?
Dans ce contexte, la reconnaissance de l’engagement des personnels ne peut pas rester au stade des discours. Solidaires Finances Publiques demande à minima une revalorisation de l’ACF. Sur ce sujet, la DGFiP a la main et doit prendre ses responsabilités en apportant une réponse concrète aux agentes et aux agents qui, année après année, absorbent les suppressions d’emplois et une charge de travail toujours plus importante.
Mais une reconnaissance financière ne suffira pas à compenser le manque d’effectifs. Ce sont bien des emplois et des moyens dont les services ont besoin pour assurer correctement leurs missions. Et l’informatique de la DGFiP n’échappe évidemment pas à cette politique.
Les cyberattaques que nous avons subie doivent servir d’avertissement. Elles interrogent nécessairement sur la sécurité de notre SI, mais également sur les moyens humains, techniques et budgétaires qui lui sont consacrés.
Dans le même temps, les collègues doivent composer avec une dette technique importante, des applications vieillissantes et multiples, des effectifs contraints et des exigences de sécurité toujours + fortes. La baisse des effectifs, les non remplacements des collègues partant à la retraite engendre un empilement des missions que les agentes et les agents doivent absorber afin de maintenir tant bien que mal le système en fonctionnement.
Soyons clairs : la dette technique et les fragilités du SI ne sont pas de la responsabilité individuelle des personnels. Elles sont le résultat de choix et d’arbitrages politiques réalisés depuis de nombreuses années, comme l’ont souligné de nombreux rapports , celui de l’IGF en 2022 et de la cour des comptes.
C’est précisément sur ces arbitrages que nous souhaitons interroger l’administration. Comment sont aujourd’hui répartis les moyens entre l’IA, la cybersécurité, la résorption de la dette technique et le fonctionnement quotidien du SI.
L’administration affiche de grandes ambitions autour de l’IA. Mais dans un budget contraint, une question simple se pose : quelles sont réellement les priorités ?
Pour Solidaires Finances Publiques, la course à l’IA ne doit pas conduire à différer encore les investissements indispensables dans l’existant. Dans le contexte actuel, Solidiares Finances Publiques demande un moratoire sur tout nouveau projet IA, afin que les moyens disponibles soient prioritairement consacrés à la sécurisation, à la résorption de la dette technique et au bon fonctionnement de l’informatique qui fait tourner la boutique !
On ne peut pas construire le système d’information de demain en laissant se dégrader celui d’aujourd’hui. Nous demandons donc une réelle transparence sur ces arbitrages, sur les moyens consacrés à chacun de ces enjeux et sur leurs évolutions à long termes.
Nous sommes également préoccupés par le recours croissant à la prestation externe, que ce soit à la DTNum ou dans de nombreux ESI. Lors du dernier CSAR, nous avons notamment appris le renforcement du recours à des prestataires sur des missions aussi sensibles que la cybersécurité.
S’agit-il d’une véritable stratégie à long terme ou d’une manière de colmater les brèches à court terme faute de moyens humains et de compétences disponibles en interne ?
À force d’externaliser des missions stratégiques, comment la DGFiP entend-elle conserver la maîtrise de son SI ? Et comment permettre à ses propres informaticiennes et informaticiens de développer leurs compétences si une partie de ces missions est confiée à des prestataires qui ne partagent pas leurs savoir ?
Cette question rejoint directement celle de la souveraineté numérique, ou plutôt de « l’autonomie stratégique », comme il est sans doute préférable de la nommer. Peut-on réellement parler d’autonomie stratégique lorsque notre système d’information dépend de solutions propriétaires, notamment américaines ? Des postes de travail sous Windows à SNOW pour l’assistance, en passant par MobileIron pour gérer tous les smartphones, l’abandon du projet AGDA et la liste est loin d’être exhaustive, cette dépendance nous interroge d’autant plus que la DGFiP traite des données fiscales, financières et patrimoniales hautement stratégiques.
Elle pose également la question de l’extraterritorialité de certaines législations américaines, susceptibles, sous certaines conditions, d’imposer à des entreprises relevant de leur juridiction la communication de données qu’elles détiennent ou contrôlent.
Pour une administration comme la nôtre, ce sujet ne peut être secondaire. Qui maîtrise réellement nos données, nos outils et nos infrastructures ? Quelles garanties avons-nous face à cette dépendance à des fournisseurs étrangers ?
Le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances et vulnérabilités numériques, publié en juillet dernier, appelle justement à réduire la dépendance aux acteurs extra-européens et à renforcer le recours aux solutions open source dans les administrations. Il préconise notamment de rendre obligatoire, à partir de 2030, une clause « open source » dans les achats publics de logiciels et de solutions d’IA. Solidaires Finances Publiques demande que le recours à la solution SNOW soit suspendue.
Et puisque l’administration revendique une « autonomie stratégique numérique » dans son Schéma Directeur du Numérique ou sur BusinessIT, où en est l’expérimentation du poste de travail sous Linux ? Quel bilan en tire-t-elle et quelles perspectives de déploiement plus large envisage-t-elle ?
Nous souhaitons également revenir sur la mission d’assistance et la situation des CID. Certaines équipes fonctionnent déjà avec des effectifs très réduits alors même que de nouvelles missions viennent s’ajouter, notamment en matière de formation et d’actions de sensibilisation sur le terrain.
Ces missions peuvent avoir leur utilité, mais elles nécessitent du temps et des moyens. On ne peut pas élargir continuellement le périmètre d’intervention des CID sans poser la question des effectifs. Qui assurera l’assistance quotidienne lorsque les collègues seront mobilisés sur ces nouvelles tâches ? Avec quels moyens, quelle formation et quelle reconnaissance ?
Plus largement, derrière tous ces sujets, il y a les agentes et les agents.
Ce sont eux qui maintiennent les applications existantes, développent les nouvelles, répondent aux exigences de sécurité, assurent l’assistance, accompagnent les transformations et compensent les vacances d’emplois.
Pour Solidaires Finances Publiques, investir dans notre SI, c’est aussi investir dans celles et ceux qui le font fonctionner. Cela nécessite des recrutements, de la formation, des parcours professionnels adaptés et une rémunération attractive comme dans le privé et de véritables possibilités pour les informaticiennes et informaticiens de monter en compétences.
La DGFiP ne peut plus demander toujours davantage à ses services informatiques tout en supprimant des emplois et en externalisant certaines de leurs compétences. Un système d’information aussi stratégique ne peut pas se piloter avec une vision à court terme. Il nécessite des moyens et une stratégie construite dans la durée.
C’est avec ces préoccupations et ces exigences que Solidaires Finances Publiques abordera les différents points de ce groupe de travail.